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Etude sur l’esprit critique en période électorale 2022 (iFOP)

Lien vers l’étude sur le raisonnement critique par rapport à l’information

Description de l’étude:



Dans un contexte de révolution des habitudes de consommation médias, le complotisme profite d’une polarisation des pratiques informatiques chez les Français

1.       La façon dont les Français s’informent a profondément évolué en 15 ans, marquant avant tout une explosion d’internet comme source principale d’information : 31% des Français citent cette source d’information en matière politique comme la plus fréquente contre seulement 11% en 2009, dépassant ainsi la radio (14% contre 21% en 2009) qui demeure toujours la 3e source d’information politique des Français. La télévision, avec la multiplication de l’offre informative, demeure la principale source d’information pour plus de quatre Français sur dix (42%, contre 49% en 2009). La presse écrite connait elle aussi un net recul mais reste marginale en tant que source d’information la plus fréquente en matière politique (5% citent la presse écrite nationale et 4% la presse écrite régionale contre respectivement 8% en 2009).

LES MÉDIAS LES PLUS UTILISÉS POUR S’INFORMER EN MATIÈRE DE POLITIQUE

2.       Ces changements dans les pratiques de consommation s’accompagnent surtout d’une polarisation des pratiques ouvrant une fracture générationnelle. Sans surprise, les jeunes ont largement délaissé la télévision (à peine un quart des jeunes de 18 à 34 ans la citent comme source d’information politique la plus fréquente) pour se concentrer très largement sur internet (64% des jeunes de 18 à 24 ans et 52% des jeunes de 25 à 34 ans), tout en délaissant également la presse écrite nationale (2% de plus jeunes l’utilisent le plus souvent contre 16% des 65 ans et plus).

Internet et les canaux du complotisme : comment les réseaux sociaux diffusent le complotisme dans l’esprit des Français

3.       Enfin, l’enquête montre la perméabilité des utilisateurs des réseaux sociaux aux théories complotistes. Parmi les Français pour qui les moyens d’information liés à internet sont déterminants en matière politique, le degré de croyance dans des théories complotistes est particulièrement élevée. Ainsi, seuls 10% des Français jugent déterminants les réseaux sociaux dans leur façon de s’informer mais ce chiffre atteint 22% parmi les personnes « très complotistes ». Ces dernières s’informent plus largement que la moyenne via les sites internet de la presse écrite (23% contre 17% dans l’ensemble) ou encore via les médias uniquement présents sur internet (22% contre 13% dans l’ensemble). Toutefois, il est intéressant de noter que les canaux traditionnels tels que les JT d’information des grandes chaines ou les JT des radios ne « protègent » pas contre les tendances complotistes, on retrouve en effet des pratiques similaires selon que les personnes intéressées soient très ou pas du tout complotistes.

LE RÔLE DE CHACUN DES MOYENS D’INFORMATION DANS LA FAÇON DE S’INFORMER

4.       Le phénomène complotiste se caractérise par une tendance plus forte qu’au sein des autres catégories de la population à s’auto-entretenir, notamment par des pratiques de consommation médias qui enferment dans une réalité parallèle. Ainsi, 37% des personnes « très complotistes » affirment que les médias qu’ils utilisent sont plutôt des médias qui partagent leur point de vue, contre 26% en moyenne et 24% parmi les personnes non complotistes.

LES MAUVAISES HABITUDES SUR LES RÉSEAUX SOCIAUX

5.       Problème plus large que le seul complotisme, l’utilisation d’internet révèle l’importance des mauvaises habitudes sur les réseaux sociaux et donc la perméabilité aux thèses complotistes diffusées via une mauvaise pratique des outils internet. Ainsi, 30% des Français affirment avoir déjà réagi ou commenté un post sans en avoir vraiment lu le contenu voire même 42% ayant déjà transféré des articles ou vidéos à l’actualité politique sans en avoir vraiment vérifié la fiabilité. Ce dernier taux atteignant même 47% au sein de l’électorat de la droite radicale et 55% parmi ceux de la gauche radicale.

Une élection présidentielle truquée : l’information en ligne favorise la croyance dans l’hypothèse des fraudes électorales

6.       Plus d’un Français sur dix (14%) croient au fait que l’élection présidentielle va « être truquée », dont près d’un tiers des électeurs de la droite nationale (29% des électeurs d’Eric Zemmour et 30% de ceux de Marine Le Pen). Cette défiance manifeste vis-à-vis du processus électoral est deux fois plus forte que la moyenne chez les Français s’informant principalement via Internet (24%, contre 8% via la presse écrite et 3% la radio) et chez ceux croyants dans les théories du complot (25%).

L’ADHÉSION A L’IDÉE SELON LAQUELLE L’ÉLECTION PRESIDENTIELLE VA ETRE TRUQUÉE

7.       Autre signe de la fébrilité des Français quant à la probité du système électoral, 48% des personnes interrogées estiment qu’il est possible de truquer l’élection présidentielle. Cette inquiétude s’exprime en particulier au sein d’électorats actuellement écartés du pouvoir, comme les électeurs de Jean-Luc Mélenchon (54%), ceux d’Eric Zemmour (68%) et ceux de Marine Le Pen (70%), mais également au sein d’électorats mis en minorité dans la course à l’élection présidentielle : 42% des électeurs de Valérie Pécresse partagent cette crainte d’une fraude électorale.